« Texten, posten, googeln, zoomen » – Comment les nouvelles technologies transforment la langue allemande (et pourquoi c’est passionnant !)

Imagine la scène un instant : tu racontes à ta grand-mère que tu viens de googeln quelqu’un, que tu as gepostet une photo et que tu as ensuite gezoomt pendant une heure avec ton patron. Sa réaction ? Probablement un grand point d’interrogation au-dessus de la tête.

Et pourtant, ces mots sont aujourd’hui parfaitement allemands. Ils figurent même dans le Duden, le dictionnaire de référence de la langue allemande !

Dans mon dernier atelier en ligne sur Trau dich Deutsch (la version allemande de mon blog), nous avons consacré toute une session à ce phénomène fascinant. Aujourd’hui, je te propose de revivre cette discussion en français, parce qu’elle révèle quelque chose de très important : pour vraiment maîtriser l’allemand, il ne suffit pas d’apprendre des mots. Il faut comprendre comment de nouveaux mots naissent.


L’enregistrement complet de l’atelier en vidéo

Petit conseil pratique : L’atelier est entièrement en allemand. Si tu n’es pas encore très à l’aise, active les sous-titres français de YouTube ! Clique sur l’icône en forme de roue dentée ⚙️, puis sur « Sous-titres » → « Traduire automatiquement » → « Français ». Ainsi, tu pourras suivre la discussion sans rien manquer.


La question qui ouvre toujours les yeux

J’ai posé à mes participants une question toute simple :

« Quels mots n’existaient pas quand vous étiez enfants ? »

Voici la liste que je leur ai présentée :

  • googeln
  • posten
  • zoomen
  • liken
  • chatten
  • streamen
  • whatsappen

Wenzel a répondu immédiatement : « Tous ces mots sont apparus dans les 20 ou 30 dernières années. » Et il a raison.

Comparons un peu :

En 1980, on disait :

  • schreiben (écrire)
  • telefonieren (téléphoner)
  • fotografieren (photographier)

En 2025, on dit aussi :

  • texten
  • zoomen
  • posten

Tu sens la différence ? Les anciens verbes sont typiquement allemands, avec leur belle structure germanique. Les nouveaux… ont une autre saveur. Pourquoi ? Parce qu’ils viennent presque tous de l’anglais.


Pourquoi cette explosion de nouveaux verbes ?

Adelgunde, l’une de mes participantes, a fait une remarque très pertinente : « Cela a commencé dès les années 60, avec le miracle économique allemand. C’est à ce moment-là que beaucoup d’expressions anglaises sont entrées dans la langue. »

Et Wenzel a ajouté : « Aujourd’hui, c’est la mondialisation. La jeune génération utilise de plus en plus de mots anglais au quotidien. »

👉 Comparaison avec le français : En France aussi, on connaît bien le phénomène. On dit « liker », « scroller », « streamer ». L’Académie française se bat contre, propose des alternatives (« mot-dièse » au lieu de « hashtag »), mais dans la rue… personne ne suit ! L’allemand vit exactement la même chose, mais avec une différence importante : l’allemand intègre les mots anglais beaucoup plus naturellement que le français.


Le secret allemand : transformer un nom en verbe

Voici ce qui rend l’allemand absolument fascinant. Il existe deux mécanismes principaux pour créer un nouveau verbe :

Mécanisme 1 : Marque → Verbe

Le nom d’une entreprise devient un verbe :

Marque Verbe allemand
Google googeln
Skype skypen
Zoom zoomen
WhatsApp whatsappen

👉 Le savais-tu ? En français, on dit « googler » avec un seul « l ». En allemand, on écrit googeln avec un « e » à la place du « l » final. C’est ce qu’on appelle l’eingedeutscht – littéralement « germanisé ». Le mot est si bien intégré qu’il a même adopté l’orthographe allemande !

Mécanisme 2 : Verbe anglais → Verbe allemand

On prend un verbe anglais, on lui ajoute la terminaison -en, et hop, c’est de l’allemand :

Anglais Allemand
to chat chatten
to stream streamen
to post posten
to like liken

C’est presque magique, non ? La grammaire allemande est tellement flexible qu’elle peut « avaler » à peu près n’importe quel verbe étranger.


Pourquoi dit-on « googeln » mais pas « interneten » ?

Excellente question, posée pendant l’atelier. La réponse de Wenzel :

« Google a un moteur de recherche concret. C’est une action précise. Mais Internet, c’est trop général, trop vague. »

Voilà la règle : un verbe naît quand il décrit une action concrète et reconnaissable. « Googeln » = chercher sur Google. « Interneten »… que ferait-on exactement ? On ne sait pas. Donc le mot n’existe pas.

C’est exactement comme en français : on dit « googler » mais pas « interneter ». Notre logique linguistique est la même !


Les grandes familles de verbes modernes

Pendant l’atelier, j’ai classé ces nouveaux verbes par catégories. Tu vas voir, c’est très révélateur de notre époque :

Communication

texten, chatten, posten, kommentieren, whatsappen, liken, abonnieren, entfolgen, taggen, mentionen

Recherche & information

googeln, recherchieren, screenshotten

Travail & visioconférence

zoomen, skypen, streamen, downloaden, uploaden, synchronisieren

Réseaux sociaux

influencen, followen, entfollowen, swipen, scrollen, pinnen

👉 Astuce pour les francophones : Tu remarqueras que beaucoup de ces verbes existent presque à l’identique en français. Donc bonne nouvelle : ton vocabulaire « technologique » allemand est déjà à moitié appris !


Les belles alternatives allemandes (que personne n’utilise plus)

L’allemand a en réalité ses propres mots magnifiques pour remplacer les anglicismes. Mais comme en français, la jeune génération préfère la version anglaise.

Anglicisme Vraie version allemande
uploaden hochladen (charger vers le haut)
downloaden herunterladen (charger vers le bas)
liken gefallen / mögen (aimer / apprécier)
posten veröffentlichen (publier)

Adelgunde m’a dit dans l’atelier : « J’essaie d’utiliser les expressions allemandes, parce que notre langue est tellement expressive. »

Elle a tellement raison. Et c’est là que les apprenants francophones ont un grand avantage : nous avons l’habitude de défendre notre langue contre les anglicismes. Ce réflexe peut t’aider à apprendre les vraies belles tournures allemandes !


Quels mots vont survivre ? Lesquels vont disparaître ?

Voici la partie la plus passionnante de l’atelier. Regardons trois exemples :

  • googeln ✅ → va probablement rester encore longtemps
  • simsen (envoyer un SMS) ⚠️ → presque déjà disparu
  • faxen ❌ → en voie d’extinction

Jean-Pierre, l’un de mes participants français, a lancé : « La jeune génération ne sait même plus ce que veut dire faxen. »

La règle est simple : quand la technologie disparaît, le mot disparaît aussi. C’est exactement comme « le minitel » en français. Qui parle encore de « minitéliser » ? Personne. Pourquoi ? Parce que le minitel n’existe plus.


Attention au piège : « Faxen » a deux sens !

Petit moment amusant de l’atelier :

  • „Ich faxe dir das Dokument. » → Je t’envoie le document par fax (technologie ancienne)
  • „Mach keine Faxen! » → Ne fais pas l’idiot ! / Arrête tes bêtises ! (langage familier)

Même orthographe, sens complètement différent ! C’est ce qu’on appelle un homonyme. L’allemand est plein de ces petites surprises qui rendent l’apprentissage si captivant. 😉


L’IA change déjà notre langue – maintenant !

Maintenant, le sujet le plus actuel : quels mots sont apparus à cause de l’intelligence artificielle ?

  • prompten (donner une instruction à l’IA)
  • generieren (générer)
  • automatisieren (automatiser)
  • ChatGPT fragen (demander à ChatGPT)

Et voici la beauté de la grammaire allemande : à partir de « prompten », on peut créer immédiatement toute une famille de verbes grâce aux préfixes :

  • vorprompten (faire un prompt préparatoire)
  • nachprompten (faire un prompt complémentaire)
  • umprompten (reformuler le prompt)
  • weiterprompten (continuer à prompter)

👉 Le miracle des préfixes allemands : Même si tu n’as jamais entendu ces mots, tu les comprends instantanément. C’est ce qui rend l’allemand si logique et finalement plus facile que ce que beaucoup de Français pensent !

En français, on devrait dire des choses comme « pré-prompter », « re-prompter », « continuer à prompter »… c’est beaucoup moins élégant, non ?


Inventons les mots de demain !

nouveaux verbes allemands

Pendant l’atelier, j’ai proposé un petit jeu. À partir de noms modernes, créons de nouveaux verbes :

Nom Verbe possible
Hologramm hologrammieren
Avatar avatarisieren
Quantum quantisieren
TikTok tiktoken

Lequel finira dans le Duden d’ici 10 ans ? Personne ne peut le dire avec certitude. Mais c’est exactement cette incertitude qui rend la langue vivante !


Une perspective historique qui devrait plaire aux francophones

Un moment particulièrement émouvant pour les Français de l’atelier. Jean-Pierre a fait remarquer :

« C’est étonnant de voir l’importance que l’anglais a pris dans toutes les langues. Mais il fut une époque où c’était le français qui jouait ce rôle. »

Et c’est absolument vrai ! Beaucoup de mots allemands « sérieux » viennent en réalité du français :

  • recherchieren ← rechercher
  • kommentieren ← commenter
  • interviewieren ← interviewer
  • das Engagement ← l’engagement
  • das Niveau ← le niveau
  • die Etage ← l’étage

À l’époque de Frédéric le Grand de Prusse (XVIIIe siècle), parler français était la marque des élites allemandes. À la cour de Russie aussi, sous Pouchkine, on parlait français entre nobles.

Donc rassure-toi : quand tu utilises ces mots en allemand, tu utilises en réalité… ton héritage français !

Qui sait, dans 50 ans, peut-être parlera-t-on couramment de mots chinois ou japonais en allemand. Les langues vivent au rythme du pouvoir mondial.


La grande leçon de l’atelier

Si tu ne dois retenir qu’une seule chose de cet article, retiens ceci :

Maîtriser vraiment l’allemand, ce n’est pas seulement connaître des mots. C’est comprendre comment de nouveaux mots naissent.

La langue allemande n’est pas figée dans un dictionnaire. Elle respire, elle évolue, elle se réinvente chaque jour. Et c’est précisément cela qui la rend tellement fascinante pour nous, francophones, qui aimons les langues vivantes et expressives.


Tu veux participer en direct au prochain atelier ?

Si l’envie te prend de discuter en direct, d’inventer toi-même de nouveaux verbes allemands et d’apprendre dans une petite ambiance conviviale (et bilingue quand il le faut !), rejoins-nous au prochain atelier.

Discussions vivantes plutôt qu’un cours classique
De vrais déclics que tu n’oublieras pas
Petit groupe : chacun prend la parole
Explications en français quand c’est nécessaire – on n’est jamais perdu

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Et surtout, n’oublie jamais ma devise :

Apprendre l’allemand, ce n’est pas réciter des règles. C’est oser parler !


Une question pour toi avant de partir

Quel mot allemand utilises-tu tous les jours, mais qui n’existait probablement pas il y a 30 ans ? Et selon toi, quel mot d’aujourd’hui aura disparu dans 30 ans ?

Écris-moi en commentaire – j’adore lire vos réflexions !


À très bientôt pour un nouvel atelier. Et souviens-toi : la langue allemande n’attend pas que tu sois parfait. Elle attend que tu te lances.

Dieter

 

17 réflexions sur “« Texten, posten, googeln, zoomen » – Comment les nouvelles technologies transforment la langue allemande (et pourquoi c’est passionnant !)”

  1. J’aime ce type d’article, car il montre qu’apprendre une langue ne consiste pas seulement à mémoriser des règles, mais aussi à rester attentif à son évolution. J’ai trouvé particulièrement intéressant de découvrir ces verbes plus récents et les réalités qu’ils traduisent dans la société actuelle. Cela rappelle que les langues sont vivantes et s’adaptent en permanence aux nouveaux usages, aux technologies et aux changements culturels.

  2. Merci Dieter pour ton article qui me rappelle que nous sommes tous des êtres en mouvement, toujours en train d’apprendre et de nous transformer. C’est une idée qui génère une réflexion : grandir commence souvent lorsque nous acceptons d’élargir notre regard sur le monde.

  3. « Les langues vivent au rythme du pouvoir mondial. » C’est évident, mais pourtant, je n’avais jamais pensé que d’autres pays pouvaient être touchés par ces modifications de langage.
    Découverte amusante que je viens de faire là, moi qui ai déjà du mal à formuler les premières phrases de base en allemand.

  4. Très intéressant de voir l’évolution de la langue! En Belgique, on utilise pas mal d’anglicisme technologique, peut-être plus qu’en France, mais je remarque que la jeune génération utilise le mot à l’anglaise, à l’infinitif, tandis qu’à ma génération (50+), on a plus tendance à les conjuguer à la française. Par exemple: delete. Moi: « je l’ai deleté », les juniors: « je l’ai delete ». Ces évolutions de la langue sont fascinantes et inévitables. Je vois comme vous les propositions académiques; enfin non, il faut les chercher pour les trouver! Parce qu’en fin de compte, c’est l’usage courant qui l’emporte. Parfois c’est dommage, quand l’évolution va vers un usage incorrect.

  5. Merci pour cet article très vivant et accessible. J’ai beaucoup aimé la manière de montrer que l’allemand n’est pas une langue figée, mais une langue qui respire, qui observe son époque et qui intègre naturellement les nouveaux usages. Bref une langue bien vivante!

    Et j’ai trouvé très juste cette idée : apprendre une langue, ce n’est pas seulement mémoriser du vocabulaire, c’est aussi comprendre comment les mots naissent et pourquoi certains restent tandis que d’autres disparaissent.

  6. Merci pour cet article amusant et instructif. Je dois dire que je préfère la lenteur de l’Académie Française a accepter de nouveaux anglicismes ! Il est souvent possible de créer un nouveau mot français, préférable à mon avis. En plus, comme tu le fais remarquer, certaines technologies disparaissent, et donc il est inutile de se précipiter ! Cela dit, les langues évoluent et ont toujours intégré des mots étrangers, cela fait partie de leur richesse 😉

  7. Merci pour cet article très intéressant 😊. Je n’avais jamais réfléchi au fait que des marques comme Google ou Zoom étaient devenues des verbes à part entière. C’est assez incroyable quand on y pense !

  8. Merci pour cet article.
    Même sans parler allemand, j’ai trouvé passionnante cette réflexion sur la façon dont les langues évoluent avec leur époque. Certains mots finissent par paraître tellement naturels qu’il devient difficile d’imaginer qu’ils n’existaient pas il y a quelques décennies.
    Cette lecture rappelle aussi qu’une langue vivante n’est jamais figée. C’est probablement ce qui la rend si intéressante à apprendre.

  9. Ton article montre très bien qu’une langue vit, bouge et absorbe son époque au lieu de rester figée. Merci d’avoir expliqué comment l’allemand intègre ces verbes issus des nouvelles technologies, tout en gardant sa logique propre.

  10. L’allemand a ce talent fou : transformer Google en googeln ou Zoom en zoomen avec une simplicité déconcertante. ☺
    On y voit la langue vivante, qui respire au rythme des innovations, sans complexe (comme nous avec « liker » ou « scroller »…
    Preuve que les mots voyagent, s’adaptent, et finissent par nous adopter.
    C’est un bel hommage à la créativité linguistique ! 😊

  11. Merci Dieter pour ton article et la vidéo 🙂
    C’est fascinant de voir la manière dont les langues évoluent.
    En français aussi, désormais, nous “likons”, “scrollons” ou “googlons” sans toujours nous en rendre compte. Une belle façon de rappeler que les langues restent vivantes parce qu’elles changent avec nos usages.

  12. Je débute en allemand et ton article m’a vraiment surprise : je m’attendais à une langue figée et complexe, et je découvre qu’elle absorbe les anglicismes avec une logique presque mathématique. Merci Dieter !

  13. Je ne pense malheureusement pas utiliser de mot allemand tous les jours (ou alors je n’y prête plus attention tellement c’est entré dans mes habitudes). Et finalement c’est ça qui est génial avec une langue vivante. Elle s’adapte, s’alimente du contemporain, évolue et nous participons à l’émergence de ces nouveaux mots en nous les appropriant sans plus y penser.
    Merci Dieter pour ce bel article très enrichissant.

  14. La langue est vivante et faite pour nous permettre d’exprimer nos pensées. C’est intéressant de voir comme elle reflète aussi l’évolution des sociétés!

  15. Il est en effet assez fascinant de comprendre comment les pratiques influencent les langues et oui, nos pratiques technologiques nous viennent massivement des pays anglo-saxons 🙂 Après il y a aussi les mots qui disparaissent avec leur marque mais pas au même rythme. On ne skype plus depuis quelques temps mais le mot est toujours là pas loin ;-)) Oh cerveau comme tu aimes les raccourcis 🙂 Merci pour ce partage très enrichissant

  16. Eva 💡Mon bagage culturel

    Ce « Mach keine Faxen » vaut son pesant d’or ! Ces mots qui gardent la même forme en basculant de sens en disent long sur la richesse de l’allemand. C’est une langue quia l’air bien plus vivante et joueur qu’on ne l’imagine de l’extérieur, merci pour cette échappée !

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