« Folgen, befolgen ou verfolgen ? » – la question de savoir qui marche devant

Un sentier de montagne au soleil couchant : en haut, un randonneur suit un guide à la lanterne, au milieu un autre obéit au panneau, au premier plan un troisième observe tout aux jumelles – folgen ou verfolgen, et entre les deux befolgen

« Ich verfolge seit vielen Jahren diesen Wissenschaftler. » Folgen ou verfolgen : un seul mot, et la phrase sent la police.

Une apprenante a écrit cette phrase dans sa lettre de motivation pour une bourse d’études. Elle voulait dire : je suis les travaux de ce chercheur depuis de nombreuses années. Son professeur l’a soulignée en rouge, et elle n’a pas compris pourquoi. Folgen ou verfolgen, pour une oreille francophone, c’est presque la même chose : les deux se traduisent par suivre. Et il existe encore un troisième frère, befolgen. Trois verbes, un seul chemin – et le préfixe révèle qui marche devant.

C’est avec cette phrase exacte que j’ai ouvert l’atelier de samedi. La réponse est venue du groupe avant que j’aie besoin d’expliquer quoi que ce soit : « Verfolgen, c’est quand quelqu’un court derrière. La police poursuit le cambrioleur. » Exactement. Et maintenant, imaginez le chercheur qui se retourne.


En bref : folgen ou verfolgen, quelle différence ?

Avec folgen, c’est l’autre qui marche devant, et vous l’accompagnez. Befolgen, c’est une règle qui trace le chemin : vous l’exécutez. Et quand vous verfolgez, c’est vous qui restez derrière, sans lâcher prise. Tant que ce qui avance devant vous est une chose – l’actualité, un objectif, une piste –, verfolgen est inoffensif. Si c’est une personne qui ne le veut pas, rester sur ses talons devient une traque.

Le miroir français : un seul verbe pour trois

Le français a un avantage et un piège. L’avantage : vous connaissez déjà les trois situations. Le piège : vous les rangez presque toutes sous un seul verbe, suivre.

Français Allemand Qui marche devant ?
suivre quelqu’un, suivre un guide folgen + datif l’autre
respecter, observer une consigne befolgen + accusatif la règle
suivre l’actualité, un match verfolgen + accusatif vous restez accroché
poursuivre un voleur, un but verfolgen + accusatif vous, sans lâcher

Voilà la différence mécanique, en une ligne : le français distingue par le sens (suivre / poursuivre / respecter), l’allemand distingue par le préfixe – et le préfixe change aussi le cas. C’est pour cela que la bonne question n’est pas « comment traduire suivre ? », mais une autre, beaucoup plus simple.

L’idée centrale : le même chemin, trois rôles

La plupart des dictionnaires donnent suivre pour les trois verbes. C’est pour cela que la différence ne tient pas. Ce ne sont pas trois mots de vocabulaire, c’est une seule question que vous pouvez poser à chaque phrase :

Wer geht voraus ? – Qui marche devant ?

Six phrases de l’atelier, et pour chacune nous nous sommes seulement demandé qui était devant et qui était derrière :

  • Ich folge dir auf Instagram. – Je te suis sur Instagram. → C’est toi qui es devant, tu publies. Moi, j’accompagne.
  • Der Hund folgt seinem Herrn. – Le chien suit son maître. → Le maître marche devant.
  • Bitte befolgen Sie die Anweisungen des Personals. – Veuillez respecter les consignes du personnel. → Devant, il n’y a pas une personne, mais une consigne.
  • Ich verfolge jeden Abend die Nachrichten. – Je suis l’actualité tous les soirs. → Je reste accroché, de l’extérieur.
  • Die Polizei verfolgt den Dieb. – La police poursuit le voleur. → Le voleur court devant, et il ne le veut pas.
  • Er verfolgt ein klares Ziel. – Il poursuit un objectif clair. → Le but est devant ; il ne le quitte pas des yeux.

Une participante a résumé le principe à la fin de l’atelier : « Les trois verbes décrivent le même chemin, mais pas la même répartition des rôles. » Je ne saurais pas mieux dire.

Folgen ou verfolgen : qui mène ?

Avec folgen, c’est l’autre qui mène. Un guide, une chaîne, un conseil, même un sentiment : Er folgt nur seinem Gefühl – il ne suit que son instinct ; il ne prend pas de décision rationnelle, le sentiment passe devant et il suit. D’où la plus jolie phrase de la matinée : « Kannst du mir noch folgen – oder rede ich zu schnell ? » – « Tu me suis encore, ou je parle trop vite ? » Celui qui parle trop vite part en courant, et l’autre ne suit plus.

Avec verfolgen, c’est vous qui menez. Pas parce que vous marchez devant, mais parce que c’est vous qui décidez de rester accroché. Vous suivez l’actualité, un match de football, les opérations de votre compte bancaire, le débat au Bundestag – pendant des jours, des semaines, des mois. De l’extérieur, avec persévérance.

Mini-exercice. Dites à voix haute qui mène dans cette phrase : Die Journalistin verfolgt die Spur des Geldes bis in die Schweiz (la journaliste remonte la piste de l’argent jusqu’en Suisse). Réponse : elle. La piste est devant, et elle ne la lâche pas.

Et befolgen ? Quand c’est une règle qui marche devant

Avec befolgen, ce n’est pas une personne qui mène, c’est une règle. Vous faites, point par point, ce qui est écrit :

  • Die Autofahrer müssen die Verkehrsregeln befolgen. – Les automobilistes doivent respecter le code de la route.
  • Wer die Hausordnung nicht befolgt, muss ausziehen. – Qui ne respecte pas le règlement intérieur doit déménager.
  • Der Patient hat die Anweisungen des Arztes genau befolgt. – Le patient a suivi à la lettre les consignes du médecin.

Et c’est ici qu’est arrivée la première vraie pierre d’achoppement. Un participant a proposé : « Seit der Wahl habe ich die Debatte im Bundestag befolgt. » Mais un débat ne vous prescrit rien. Vous ne lui obéissez pas – vous restez accroché. Donc : Ich habe die Debatte verfolgt (j’ai suivi le débat).

La deuxième a été encore plus instructive : « Die Firma befolgt eine neue Strategie. » Nous avons demandé : quelle est la différence entre un conseil et une stratégie ? La réponse du groupe : « Un conseil, c’est comme une règle. Une stratégie, c’est un objectif. » Exactement. Un conseil, une loi, une consigne, on les befolgt. Une stratégie, un plan, un objectif, on les verfolgt, parce qu’ils se trouvent dans l’avenir.

Eine Regel befolgt man. Ein Ziel verfolgt man. – Une règle, on la respecte. Un objectif, on le poursuit.

Folgen ou verfolgen : pourquoi le cas change-t-il ?

Voici le détail que la plupart des grammaires donnent sous forme de liste à apprendre par cœur. Quatre paires :

sans préfixe – datif avec préfixe – accusatif
Wir folgen dem Guide. (nous suivons le guide) Sie verfolgt den Plan. (elle poursuit le plan)
Ich folge dem Rat meiner Ärztin. (je suis le conseil de ma médecin) Du befolgst den Rat deiner Ärztin. (tu respectes le conseil…)
Er antwortet dem Kollegen. (il répond au collègue) Sie beantwortet die Frage. (elle répond à la question)
Er droht dem Nachbarn. (il menace le voisin – « il fait des menaces au voisin ») Er bedroht den Nachbarn. (il menace le voisin)

Le même conseil, une fois dem, une fois den. Que se passe-t-il ?

La réponse, c’est l’idée de tout à l’heure, en version grammaticale : sans préfixe, l’autre est un partenaire à côté duquel ou derrière lequel vous marchez – datif. Le préfixe en fait votre objet : vous l’exécutez (le conseil), vous le traquez (le voisin), vous le traitez (la question) – accusatif. C’est pourquoi on ne dit jamais « ich befolge dem Rat » – je l’ai entendu à l’atelier, et c’est la meilleure épreuve : dès que be- se trouve devant le verbe, le conseil n’est plus un partenaire, c’est une tâche.

Mini-exercice. Complétez l’article : Ich folge ___ Diskussion. – Ich verfolge ___ Diskussion. (der · die)

La même personne aux jumelles, deux fois côte à côte : à gauche elle suit une montgolfière au-dessus d'une vallée, à droite elle observe, cachée derrière un arbre, une passante dans la rue – folgen ou verfolgen, inoffensif ou menaçant

Quand verfolgen est-il inoffensif – et quand devient-il une traque ?

C’est la partie dont nous avons parlé le plus longtemps. Nous avons réparti huit expressions en deux tas :

  • inoffensif : die Nachrichten verfolgen (suivre l’actualité) · ein Fußballspiel verfolgen (suivre un match) · die Buchungen auf dem Konto verfolgen (surveiller les opérations du compte) · ein Ziel verfolgen (poursuivre un but) · eine Spur verfolgen (suivre une piste)
  • ça sent la police : einen Verdächtigen verfolgen (poursuivre un suspect) · seine Ex-Freundin verfolgen (harceler son ex) · et – diesen Wissenschaftler verfolgen

La phrase de la lettre de bourse a atterri sur le deuxième tas. Non parce que verfolgen serait un mot méchant, mais parce que son objet est une personne. Les recherches d’un chercheur, on peut les suivre depuis des années ; le chercheur lui-même, non.

La correction trouvée par le groupe :

✗ Ich verfolge seit vielen Jahren diesen Wissenschaftler.
✓ Ich verfolge seit vielen Jahren seine Forschung / seine Arbeiten. – Je suis ses recherches / ses travaux.
✓ Seit vielen Jahren folge ich seiner Forschung.

Et puis le poids le plus lourd du mot. Un participant a rappelé les écrivains persécutés en Union soviétique. Politisch verfolgt – persécuté pour raisons politiques : c’est la même traque, menée par l’État. Celui qui est politiquement persécuté peut demander l’asile en Allemagne. Un petit préfixe, et « rester accroché » devient un destin.

Verfolgen est inoffensif tant que son objet est une chose. Avec une personne qui ne le veut pas, il devient une traque.

Folgen, befolgen ou verfolgen, quand deux verbes sont possibles

Parfois, deux verbes sont corrects – et disent pourtant autre chose :

  • einem Rat folgen – je suis ce qu’elle propose, j’y vais avec elle. Einen Rat befolgen – point par point, presque comme un règlement.
  • Ich konnte der Diskussion nicht folgen – je n’ai pas pu suivre la discussion, elle allait trop vite. Ich habe die Diskussion im Fernsehen verfolgt – j’ai suivi le débat à la télévision, de l’extérieur, jusqu’au bout.
  • Jemandem auf Instagram folgen – aujourd’hui, dans l’instant. Jemandes Karriere verfolgen – suivre la carrière de quelqu’un, pendant des années.

Une participante en a tiré sa propre formule : « Befolgen et verfolgen sont plus stricts. Folgen, c’est ensemble, et ça laisse plus de liberté. » C’est juste – et c’est la formule à retenir, dans ses propres mots.

La famille : erfolgen, Erfolg, Folge, folglich

À la fin, il nous restait du temps pour la parenté, et tous ces mots ont à voir avec ce qui vient après :

  • Die Buchung ist noch nicht erfolgt – l’opération n’a pas encore été effectuée : ce qui doit venir après ne s’est pas encore produit.
  • Das war ein großer Erfolg – ce fut un grand succès : ce qui sort à la fin, quand ça réussit.
  • Das hat Folgen – ça a des conséquences.
  • Er war krank, folglich blieb er zu Hause – il était malade, par conséquent il est resté chez lui.
  • Wer wird Ihr Nachfolger ? – qui sera votre successeur ? La réponse du groupe : « Mes enfants. »
  • Ich fühle mich verfolgt – je me sens suivi, épié : la voisine d’en face a toujours ses jumelles braquées sur ma fenêtre.

Pour les francophones : les trois pièges de suivre

  1. « Ich folge die Nachrichten » ✗ – suivre prend un complément direct, donc le francophone met l’accusatif. Mais folgen veut le datif, et pour l’actualité il faut de toute façon verfolgen : Ich verfolge die Nachrichten.
  2. « Ich folge dem Plan » au sens de je poursuis mon plan – là où l’on vise un but, l’allemand dit verfolgen : Ich verfolge den Plan. (Ich folge dem Plan existe, mais veut dire : je m’en tiens au plan, je fais ce qu’il prévoit.)
  3. « poursuivre » = verfolgen, dans les deux sens – poursuivre un but et poursuivre un voleur : le français a le même double sens, et c’est votre meilleur allié. Si vous pouvez dire poursuivre, l’allemand dit presque toujours verfolgen.

Les phrases-clés sur folgen ou verfolgen

  • Folgen : l’autre marche devant, vous accompagnez – datif.
  • Befolgen : une règle marche devant, vous l’exécutez – accusatif.
  • Verfolgen : vous restez accroché sans lâcher – accusatif.
  • Le préfixe fait du partenaire un objet : antworten → beantworten, drohen → bedrohen.
  • Verfolgen est inoffensif avec une chose, une traque avec une personne.

Exercices : folgen ou verfolgen – ou befolgen ?

1 · Choisissez le bon verbe.
a) Bitte ___ Sie den Schildern zum Ausgang. (Veuillez suivre les panneaux jusqu’à la sortie.)
b) Seit Jahren ___ ich, was in meiner Heimat passiert. (Depuis des années, je suis ce qui se passe dans mon pays.)
c) Du musst meinen Rat ! (Tu dois suivre mon conseil !)
d) Die Kinder
der Lehrerin in den Hof. (Les enfants suivent l’institutrice dans la cour.)
e) Der Fotograf wurde von zwei Männern . (Le photographe a été suivi par deux hommes.)
f) Ich
ihr seit Jahren auf YouTube. (Je la suis sur YouTube depuis des années.)
g) Die Firma ___ eine neue Strategie. (L’entreprise poursuit une nouvelle stratégie.)

2 · Datif ou accusatif ?
a) Ich folge ___ Rat meines Vaters. – Ich befolge ___ Rat meines Vaters.
b) Er antwortet ___ Chefin. – Er beantwortet ___ E-Mail.

3 · Réparez la phrase. Ich verfolge seit vielen Jahren diese Schriftstellerin. Écrivez deux versions qui fonctionnent dans une lettre de motivation.

Corrigés

1. a) folgen (un panneau indique une direction : vous l’accompagnez ; ce n’est pas un règlement) · b) verfolge · c) befolgen (ou : meinem Rat folgen) · d) folgen · e) verfolgt · f) folge · g) verfolgt

2. a) dem · den — b) der · die

3. Ich verfolge seit vielen Jahren ihr Werk / ihre Bücher. · Seit vielen Jahren folge ich ihrem Werk. · Alles, was sie veröffentlicht, lese ich seit Jahren.

Questions fréquentes sur folgen ou verfolgen

Peut-on dire « einem Schild befolgen » ?
Non. Un panneau indique une direction, vous l’accompagnez : Folgen Sie den Schildern. Une interdiction – Rauchen verboten – se befolgt.

« Jemandem folgen » est-il toujours inoffensif ?
Presque toujours. Celui qui marche discrètement derrière quelqu’un le suit aussi (er folgt ihm) – mais dès que cela devient une traque, l’allemand dit verfolgen.

Pourquoi dit-on « Ich folge dir auf Instagram » et pas « verfolge » ?
Parce que vous accompagnez : c’est l’autre qui publie, c’est lui qui mène. Verfolgen donnerait l’impression que vous l’épiez – et personne n’a envie d’entendre cela sur Instagram.

Pourquoi est-ce que je dis spontanément « ich folge die Nachrichten » ?
Parce que suivre l’actualité prend un complément direct en français. En allemand, il faut changer de verbe (verfolgen), et c’est le préfixe qui apporte l’accusatif.

Pour finir : folgen ou verfolgen, en une phrase

À la fin de l’atelier, trois silhouettes étaient à l’écran : l’une accompagne, l’une tient une liste, l’une a des jumelles. Il n’en faut pas plus :

Folgen geht mit. Befolgen gehorcht. Verfolgen lässt nicht los.
(Folgen accompagne. Befolgen obéit. Verfolgen ne lâche pas.)

Deux portes restent ouvertes. La première : ist gefolgt ou hat gefolgt ? – Ich bin ihm gefolgt (je l’ai suivi), mais dans le sud on entend aussi der Hund hat nicht gefolgt, et là folgen veut soudain dire obéir. La seconde : les formules écrites wie folgt, im Folgenden, Folgendes – exactement la langue des lettres, celle dans laquelle notre phrase de bourse est née.

À lire aussi : « Lohnen ou belohnen ? » – quand le préfixe be- fait d’une chose une personne, « Wem oder wen ? » – les deux questions qui choisissent l’article et Prendre rendez-vous en allemand : le verbe qui révèle qui décide. Et si vous voulez vérifier par vous-même : le DWDS, le grand dictionnaire de référence de l’allemand, sépare exactement les visages que nous avons trouvés – la personne que l’on poursuit (« die Polizei verfolgte den Verbrecher », jusqu’au persécuté politique), le but que l’on cherche à atteindre, et le match que l’on suit, captivé, à la télévision.

Chaque samedi à 9 h, j’anime un atelier en ligne gratuit comme celui-ci – en direct, en petit groupe, et nous ne commençons jamais par la règle. Laissez un commentaire si vous voulez y participer.

À très bientôt – et osez parler allemand !

par Dieter Jeromin

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