An Gewicht verlieren – pourquoi ce petit mot change tout : une clé dorée au-dessus d'une main ouverte, le mot « an » se muant en cadran gradué, avec Dieter Jeromin. Deutsch B2–C1.

Dit-on « Ich möchte Gewicht verlieren » ou « Ich möchte an Gewicht verlieren » ?

Pourquoi un texte peut-il perdre an Klarheit, une action perdre an Wert – mais personne ne perd jamais « an Schlüssel » ?

Et pourquoi « Sie hat drei Kilo verloren » est-il parfaitement correct, alors que « Sie hat an drei Kilo verloren » ne l’est pas ?

Ce sont exactement les questions que nous avons explorées dans mon dernier atelier en direct. Et je vous le promets : à la fin de cet article, vous n’entendrez plus « an » comme une préposition, mais comme une échelle.

Si vous préférez écouter, voici l’atelier complet – un peu plus de soixante-dix minutes, en petit groupe.

💡 L’atelier est en allemand. Sur YouTube, vous pouvez activer les sous-titres puis les faire traduire automatiquement en français : ⚙️ Paramètres → Sous-titres → Traduire automatiquement → Français.

L’idée centrale – plus simple que vous ne le croyez

Bonne nouvelle : vous connaissez déjà ce mécanisme. En français, vous le faites tous les jours.

Un sujet gagne en importance. Un parti perd en influence. Un texte gagne en clarté. Une voiture perd en valeur. Vous n’y pensez même pas.

L’allemand fait exactement la même chose, avec un autre petit mot :

français allemand
gagner en importance an Bedeutung gewinnen
perdre en influence an Einfluss verlieren
gagner en clarté an Klarheit gewinnen
perdre en valeur an Wert verlieren
gagner en assurance an Selbstvertrauen gewinnen

Le concept, vous l’avez déjà. Ce qui est nouveau, c’est la mécanique – et une frontière que le français place ailleurs.

Voici le principe, en une phrase :

Sans « an », le substantif est ce que l’on perd ou gagne.
Avec « an » + datif, il désigne le domaine dans lequel on devient plus ou moins.

Bloc 1 · La clé et le poids

Commençons par trois phrases, comme dans l’atelier :

  • Ich verliere meinen Schlüssel. (Je perds ma clé.)
  • Ich verliere Gewicht.
  • Ich verliere an Gewicht.

Que se passe-t-il avec la clé ? Elle a disparu. Entièrement. Il n’existe pas de demi-clé, ni « un peu de clé ». Soit vous l’avez, soit vous ne l’avez plus.

Et le poids ? Peut-on perdre la totalité de son poids comme on perd sa clé ? Évidemment non. Il diminue, voilà tout. Le chiffre sur la balance baisse, vous restez la même personne – mais une propriété a changé.

Un participant l’a résumé en deux mots, mieux que n’importe quel tableau de grammaire :

Sans « an », c’est un résultat. Avec « an », c’est un processus.

La mécanique, en une ligne, pour qu’elle soit dite : après « an », dans cette construction, on emploie toujours le datif. Vous ne le voyez presque jamais, parce que le substantif reste sans article – an Gewicht, an Wert, an Bedeutung. Il devient visible au pluriel : Das Unternehmen verliert an Kunden. Sie ist reich an Erfahrungen.

À ne pas confondre : ce n’est pas le même « an » que dans an ou neben. Là, il s’agit du lieu ; ici, d’une échelle. Même mot, deux fonctions.

⚠️ Le piège du francophone : « an » n’est pas « à ». Ne traduisez pas gagner en importance par « in Bedeutung » ni par « zu Bedeutung ». C’est an, et rien d’autre.

Mini-exercice : laquelle de ces deux phrases décrit une personne qui maigrit, et laquelle un politicien qui ne compte plus ?
a) Er hat an Gewicht verloren. b) Seine Stimme hat an Gewicht verloren.
Les deux sont correctes – exactement comme le français « avoir du poids » au sens figuré. Cet exemple est venu du groupe, pas de moi.

Bloc 2 · Quels mots acceptent ce schéma ?

Dans l’atelier, j’ai simplement montré une liste de substantifs, sans phrases :

Bedeutung – Schlüssel – Einfluss – Erfahrung – Kraft – Stuhl – Klarheit – Wert

Puis j’ai demandé : avec lesquels peut-on construire « an … gewinnen » ou « an … verlieren » ?

Le groupe a trié en deux minutes :

Ça marche :

  • Das Thema gewinnt an Bedeutung. (Le sujet gagne en importance.)
  • Die Partei verliert an Einfluss.
  • Sie gewinnt an Erfahrung.
  • Die Maschine verliert an Kraft.
  • Der Vortrag verliert an Klarheit.
  • Ein altes Auto verliert an Wert – ein Kunstwerk kann an Wert gewinnen.

Ça ne marche pas :

  • an Schlüssel gewinnen
  • an Stuhl verlieren

Qu’ont donc en commun Bedeutung, Einfluss, Kraft, Klarheit, Wert qu’une chaise n’a pas ?

Ce ne sont pas des objets. Ce sont des propriétés. Et d’une propriété, on peut avoir plus ou moins. Elle peut croître ou décroître. Elle est graduable.

Une chaise ne l’est pas. Vous l’avez, ou vous ne l’avez pas.

« An + datif » s’emploie surtout avec des propriétés mesurables ou graduables.

Et exactement comme en français : gagner en clarté fonctionne, gagner en chaise ne veut rien dire. Le test est le même dans les deux langues.

Mini-exercice : Zeit ou Spannung ?
Wir verlieren ___ . / Die Geschichte gewinnt an ___ .

Bloc 3 · La quantité concrète – la vraie frontière

S’il y a une règle ferme dans ce sujet, c’est celle-ci. Quelle phrase est correcte ?

  • A Sie hat drei Kilo verloren.
  • B Sie hat an drei Kilo verloren.
  • C Sie hat an Gewicht verloren.

Correctes : A et C. B est fausse.

Pourquoi ? Drei Kilo est une quantité concrète. Une quantité se place directement, sans « an » – comme la clé. An Gewicht, en revanche, nomme le domaine où le changement a lieu.

Et quand vous avez besoin des deux dans la même phrase, ils cohabitent très bien :

  • Die Aktie hat zehn Prozent an Wert verloren.
  • Das Gebäude hat durch den Umbau zwei Meter an Höhe gewonnen.

Zehn Prozent = l’ampleur. An Wert = le domaine. Deux fonctions, deux formes.

Une clé dorée près d'une main ouverte et un grand cadran gradué : l'objet entier face à l'échelle du changement, l'image de « an » + datif.
Une quantité concrète se place directement ; « an » ouvre l’échelle.

Une exception que vous entendrez : à l’oral, on dit très bien « Sie hat an die drei Kilo verloren ». Mais « an die » signifie ici environ – c’est un tout autre « an », sans rapport avec notre schéma.

Mini-exercice : complétez si nécessaire : Der Wagen hat zwanzig Prozent ___ Wert verloren.

Bloc 4 · Le test de logique

C’est ici que le groupe a discuté le plus longtemps, et c’est le point qu’aucun dictionnaire ne vous donnera. Trois phrases :

  1. Der Vortrag verliert an Aufmerksamkeit.
  2. Die Zuhörer verlieren an Aufmerksamkeit.
  3. Der Vortrag verliert an Klarheit.

Laquelle pose problème ?

La première. Grammaticalement, elle est irréprochable – et pourtant elle ne va pas. Car un exposé n’est pas attentif. Ce sont les auditeurs qui le sont. L’exposé ne peut tout simplement pas posséder la propriété « attention ».

Mieux :

  • Der Vortrag verliert die Aufmerksamkeit der Zuhörer.
  • Die Aufmerksamkeit der Zuhörer lässt nach.

La phrase 3, elle, est parfaitement naturelle : un exposé peut être clair ou confus. La clarté, il la possède vraiment.

Qu’une phrase puisse être construite grammaticalement ne suffit pas. Le sujet doit pouvoir posséder la propriété en question.

Une phrase d’application linguistique m’est revenue pendant l’atelier : « Die Elefanten lesen Bücher. » Grammaire impeccable. Mais personne n’a jamais vu ça.

Mini-exercice : laquelle est impossible ? a) Das Argument gewinnt an Überzeugungskraft. b) Der Tisch verliert an Geduld. c) Der Text gewinnt an Klarheit.

La différence que le français ne fait pas

Voici le cœur de l’affaire, et c’est là que votre langue maternelle va vous gêner un peu.

En français, vous dites perdre du poids. Vous ne dites jamais « perdre en poids ». Le français réserve la tournure « en » aux qualités abstraites – gagner en clarté, oui ; perdre en poids, non.

L’allemand, lui, autorise les deux :

  • Ich möchte Gewicht verlieren. – direct, orienté vers l’objectif, langue de tous les jours. C’est la phrase de la salle de sport et de la publicité.
  • Der Patient hat deutlich an Gewicht verloren. – le processus au premier plan, une grandeur mesurable qui a évolué. C’est la phrase du médecin.

Autrement dit : là où le français choisit entre un partitif (du poids, du temps) et la tournure en (en clarté), l’allemand choisit entre un accusatif nu (Gewicht verlieren, Zeit gewinnen) et an + datif (an Gewicht verlieren). Le partitif français n’a aucun équivalent allemand – et c’est précisément pour cela que la frontière ne tombe pas au même endroit.

Un participant a dit pendant l’atelier : « Mon traducteur dit que c’est la même chose. » Oui – parce que dans beaucoup de langues, cette distinction n’existe pas. Aucun dictionnaire ne peut vous la donner. Il faut la voir.

Les phrases qui changent tout

  • « Gewicht verlieren » et « an Gewicht verlieren » sont toutes deux correctes.
  • Sans « an », le substantif est complément d’objet direct – le résultat.
  • Avec « an + datif », l’allemand nomme le domaine où quelque chose croît ou décroît – le processus.
  • Une quantité concrète se place toujours directement : drei Kilo, zehn Prozent.
  • Grammaticalement possible ne veut pas dire idiomatique.

Exercices – dix phrases

Placez « an » là où il le faut. Là où il n’a rien à faire, laissez vide.

  1. Das Buch gewinnt ___ Spannung.
  2. Sie hat fünf Kilo ___ verloren.
  3. Die Partei verliert ___ Einfluss.
  4. Wir verlieren ___ Zeit.
  5. Ich habe ___ meinen Schlüssel verloren.
  6. Der Patient hat deutlich ___ Gewicht verloren.
  7. Das Unternehmen verliert ___ Kunden – Herr Meyer ist gegangen.
  8. Die Aktie hat zehn Prozent ___ Wert verloren.
  9. Er hat ___ Selbstvertrauen gewonnen, langsam, über Monate.
  10. Sie gewinnt ___ einen Preis.

Et deux à reformuler :

  1. Das Thema wird wichtiger. → ?
  2. Die Maschine wird weniger leistungsfähig. → ?

✅ Solutions

  1. an Spannung – le suspense est graduable.
  2. (rien) – cinq kilos, quantité concrète.
  3. an Einfluss – une propriété.
  4. (rien) – on perd le temps entièrement, comme la clé. (Attention : gagner du temps = Zeit gewinnen, jamais « an Zeit ».)
  5. (rien) – un objet, tout ou rien.
  6. an Gewicht – le processus au premier plan, typique du langage médical.
  7. (rien) – des personnes concrètes. An Kunden verlieren serait possible, mais désignerait la statistique, pas M. Meyer.
  8. an Wert – zehn Prozent est l’ampleur, an Wert le domaine.
  9. an Selbstvertrauen – une progression lente.
  10. (rien) – un prix est un résultat, pas un domaine.
  11. Das Thema gewinnt an Bedeutung.
  12. Die Maschine verliert an Leistung.

La formule finale – ce qu’il faut retenir

« An » ouvre une échelle du changement.

Quand vous hésitez, posez-vous une seule question : est-ce que quelque chose disparaît entièrement – ou est-ce que quelque chose devient simplement plus ou moins ?

Disparu : pas de « an ».
Plus ou moins : « an ».

Deux portes que nous avons laissées ouvertes

L’atelier a débordé, comme souvent. Deux choses n’ont pas eu lieu – et toutes deux méritent mieux qu’une note de bas de page.

Première porte : votre propre phrase. Il était prévu de terminer en demandant à chacun : « Seit ich Deutsch lerne, habe ich an … gewonnen. » An Sicherheit ? An Geduld ? An Mut ? Et la question inverse : qu’est-ce qui, dans votre apprentissage, a perdu de son importance ? La peur de la faute, peut-être. Ou l’envie de tout traduire.

Deuxième porte : toute la famille de « an + datif ». Nous en sommes restés à gewinnen et verlieren. Mais le même « an » travaille ailleurs : reich an Erfahrung · arm an Vitaminen · es mangelt an Klarheit · an Boden gewinnen · an Zahl zunehmen. Toujours la même idée – un domaine dans lequel il y a plus ou moins de quelque chose. Une fois que vous voyez le schéma, vous le voyez partout. Pour le voir de façon systématique : les prépositions allemandes.

Pour les francophones : un mot d’encouragement

Vous partez avec un avantage réel sur ce sujet, et il serait dommage de ne pas s’en servir. Le français possède déjà la construction – gagner en, perdre en – donc vous n’avez pas un concept à apprendre, seulement une frontière à déplacer.

Concrètement : quand vous hésitez en allemand, traduisez d’abord en français. Si « gagner en X » sonne juste, alors « an X gewinnen » sonnera juste aussi, dans neuf cas sur dix. Le dixième cas, c’est le poids – et maintenant vous le connaissez.

Et surtout : ne cherchez pas cette nuance dans un traducteur automatique. Il vous rendra la même phrase deux fois.

Osez continuer !

Écrivez-moi votre phrase en commentaire : « Seit ich Deutsch lerne, habe ich an … gewonnen. » Je réponds à tout le monde.

Et si vous voulez être en direct la prochaine fois : l’atelier a lieu tous les samedis à 9 heures, gratuitement, en petit groupe – ce qui veut dire que vous parlez vraiment. Écrivez simplement en commentaire que vous souhaitez participer.

À très bientôt – et osez parler allemand !

par Dieter Jeromin

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