Trois phrases pour comprendre lohnen ou belohnen. Regardez-les avant de continuer :
Es lohnt sich.
Ich belohne mich.
Gute Arbeit wird belohnt.
Ces trois phrases ont-elles vraiment quelque chose en commun ? Après tout, le mot Belohnung contient le mot Lohn. Cela veut-il dire que les deux verbes disent la même chose ?
Et pourquoi peut-on dire « Die Firma belohnt ihre Mitarbeiter », mais jamais « Die Firma lohnt ihre Mitarbeiter » ?
Ce sont exactement les questions que nous avons explorées dans mon dernier atelier en direct. Et je vous le promets : à la fin de cet article, ce ne seront plus deux mots de vocabulaire qui se ressemblent, mais deux façons de penser différentes.
Si vous préférez écouter, voici l’atelier complet – une bonne heure en petit groupe.
💡 L’atelier est en allemand. Sur YouTube, vous pouvez activer les sous-titres puis les faire traduire automatiquement en français : ⚙️ Paramètres → Sous-titres → Traduire automatiquement → Français.
L’idée centrale de lohnen ou belohnen – plus simple que vous ne le croyez
Le français fait exactement la même distinction que l’allemand. Il la fait simplement avec deux mots qui n’ont aucun lien entre eux :
| français | allemand |
|---|---|
| ça vaut le coup, ça vaut la peine | es lohnt sich |
| récompenser quelqu’un | jemanden belohnen |
Vous voyez le problème ? En français, valoir la peine et récompenser n’ont visiblement rien à voir l’un avec l’autre. En allemand, les deux verbes viennent du même mot – der Lohn, le salaire – et se ressemblent à une syllabe près.
D’où le piège : l’allemand a l’air de dire une seule chose, alors qu’il en dit deux.
La valeur d’une action – est-ce que ça vaut le coup ?
La reconnaissance pour une personne – qui reçoit quelque chose, et pourquoi ?
Autrement dit : la première, c’est lohnen ; la seconde, belohnen.

Bloc 1 · Lohnen ou belohnen : etwas lohnt sich, jemand wird belohnt
Voici la grammaire, et elle est heureusement courte.
sich lohnen est réfléchi, et le sujet est presque toujours une chose, une activité, ou le pronom es :
- Es lohnt sich. (Ça vaut le coup.)
- Das lohnt sich.
- Die Reise hat sich gelohnt. (Le voyage en valait la peine.)
- Der Aufwand hat sich gelohnt.
- Es lohnt sich, jeden Tag fünfzehn Minuten Deutsch zu lernen.
⚠️ Le piège du francophone est ici. En français, vous dites « ça vaut » – sans pronom réfléchi. En allemand, le sich est obligatoire et ne disparaît jamais. Et une personne ne peut pas « lohnen ». Si les pronoms réfléchis vous jouent des tours, voyez aussi préfixes séparables et inséparables.
⛔ Es lohnt.
⛔ Ich lohne mich.
Et jamais avec une personne comme objet :
⛔ Die Firma lohnt ihre Mitarbeiter.
belohnen est en revanche transitif, et son objet est un être humain – ou ce que cet humain a accompli :
- Die Eltern belohnen ihre Kinder.
- Die Firma belohnt ihre Mitarbeiter für gute Arbeit.
- Ich belohne mich mit einem Stück Schokolade.
- Gute Arbeit wird belohnt.
Là aussi, une différence mécanique : le français dit récompenser quelqu’un de ou pour quelque chose. L’allemand n’a qu’une seule préposition : für.
Ce qui ne marche pas, c’est de récompenser une chose qui n’est ni une personne ni une performance.
⛔ Ich belohne meinen Urlaub.
⛔ Ich belohne Deutsch.
Sur ce mécanisme, les préfixes allemands, encore eux — le même petit bloc qui change tout.
Une note pour les précis : lohnen peut aussi s’employer sans sich, dans une langue écrite soutenue – Das lohnt den Aufwand nicht. C’est rare. Retenez la forme réfléchie.
Mini-exercice : quelle phrase est fausse ?
a) Die Mühe hat sich gelohnt. b) Der Chef belohnt sein Team. c) Der Chef lohnt sein Team.
Bloc 2 · Lohnen, c’est un calcul
Dans l’atelier, j’ai soumis une liste au groupe et demandé à chacun : est-ce que ça vaut le coup – oui, non, ou ça dépend ?
Le vocabulaire du travail va plus loin : voyez travailler et ses prépositions.
Se lever tôt. Apprendre une langue étrangère. Faire du sport tous les jours. Apprendre cent mots par cœur. Faire des fautes. Vouloir être parfait.
Sur les cinq premiers, le groupe s’est mis d’accord rapidement. Y compris sur les fautes : quand on en a fait une, on en apprend beaucoup – on retient même mieux qu’en ne l’ayant pas faite.
Sur le dernier point, les avis se sont séparés, et c’était le meilleur moment de l’heure.
Un participant a soutenu que oui, cela vaut le coup de vouloir être parfait : si le résultat final est parfait, l’effort en valait la peine.
J’ai dû le contredire, avec une histoire personnelle. J’ai eu des livres presque terminés que je n’ai pas publiés pendant des mois, parce que dans le manuscrit un titre de paragraphe n’était pas au bon endroit. Les lecteurs ne l’auraient probablement même pas remarqué. Ils auraient vu le contenu, pas la forme qui me retenait. L’effort était énorme, le bénéfice minuscule. Ça n’en valait pas la peine.
Et c’est alors qu’est venue, du groupe, la phrase qui résout vraiment le sujet :
C’est une appréciation subjective.
Exactement. Il n’y a donc pas de liste de vocabulaire ici, mais une question à laquelle vous répondez à chaque fois :
Ist der Nutzen größer als der Aufwand ?
Le bénéfice est-il plus grand que l’effort ?
Si oui, ça vaut le coup. Sinon, non. Et c’est vous qui décidez.
Mini-exercice : terminez la phrase avec votre propre justification : Es lohnt sich, …, weil …
Bloc 3 · Lohnen ou belohnen : wer belohnt wen ?
L’autre perspective. Avec belohnen, il y a toujours deux rôles : quelqu’un donne, quelqu’un reçoit.
- Die Eltern belohnen ihre Kinder. → les parents donnent, les enfants reçoivent.
- Die Firma belohnt ihre Mitarbeiter. → l’entreprise donne, les salariés reçoivent.
- Ich belohne mich. → je donne et je reçois.
Le troisième cas est le plus intéressant. Un participant l’a expliqué ainsi : il travaille onze mois – puis part en vacances. Les vacances sont la récompense, et il se la donne lui-même.
Un autre avait un exemple encore plus joli, parce qu’il réunit les deux verbes dans une seule situation : il se lève plus tôt pour prendre tranquillement un bon petit-déjeuner.
Le petit-déjeuner est la Belohnung. Et c’est parce que cette récompense existe que se lever tôt sich lohnt.
Le groupe avait déjà découpé le marathon de la même façon : courir un marathon, das lohnt sich – pour la santé, pour la sensation d’après. Le massage après le marathon, lui, est une Belohnung. Même situation, deux verbes, deux rôles.
Important : une récompense suppose une performance. C’est pourquoi l’argent de poche n’en est généralement pas une. Un participant l’a dit sèchement : certains enfants reçoivent toujours de l’argent de poche sans avoir rien fait. Si c’est une habitude, ce n’est pas une récompense.
Mini-exercice : comment vous récompenseriez-vous après avoir réussi l’examen B2 ? Une phrase, avec Ich belohne mich mit …
Bloc 4 · Lohn, Gehalt, Honorar – et le français fait pareil
C’est ici que le groupe a passé le plus de temps, et personne ne connaissait la première distinction. Bonne nouvelle pour vous : le français a exactement la même famille, et presque mot pour mot.
| allemand | qui le reçoit | français |
|---|---|---|
| der Lohn | ouvrier, à l’heure, traditionnellement chaque semaine | le salaire, la paie |
| das Gehalt | employé, fonctionnaire, au mois, fixé par contrat | le traitement |
| das Honorar | professions libérales – médecin, avocat, notaire | les honoraires |
| die Prämie / der Bonus | en plus, pour un bon résultat | la prime, le bonus |
| die Belohnung | pour un comportement ou une performance | la récompense |
| der Preis | ce que coûte un objet — ou ce qu’on gagne | le prix (les deux sens aussi !) |
Trois détails valent le détour :
Lohn, Gehalt, Honorar : au-delà de lohnen ou belohnen
Le Lohn a une histoire. Il était autrefois versé le vendredi dans la Lohntüte, la « pochette de paie » – billets et pièces dans un sachet en papier. Le Gehalt, lui, arrivait une fois par mois sur le compte. Les mots sont restés. Un cadre travaille peut-être soixante heures par semaine sans toucher un Gehalt plus élevé ; un ouvrier qui fait des heures supplémentaires touche plus de Lohn.
Das Honorar vient du latin honor, l’honneur – comme les honoraires français, et comme eux, il rémunère un résultat, pas un temps. Que l’avocat ait mis une demi-heure ou vingt heures n’est en principe pas la question.
Et le double sens de Preis existe en français aussi. Le prix d’un téléphone, et le prix Nobel. En allemand : der Preis eines Handys, et den Nobelpreis gewinnen. Le prix Nobel est une Belohnung, et pour beaucoup la distinction compte plus que l’argent – Jean-Paul Sartre l’a d’ailleurs refusé, ce qui a occupé la moitié du groupe pendant cinq bonnes minutes.
Tout à la fin, un participant a encore demandé ce qu’étaient das Entgelt et die Einkünfte. Entgelt est la variante administrative de Lohn ou Gehalt. Die Einkünfte, ce sont les revenus : le toit au-dessus de tout le reste – salaires, honoraires, primes, mais aussi loyers et retraites. Et comme les revenus et les honoraires en français, le mot n’existe qu’au pluriel.
⚠️ Un faux ami à écarter tout de suite : der Lohn n’est pas le loyer. Un loyer, en allemand, c’est die Miete.
Mini-exercice : qui reçoit quoi ? Ein Maurer – eine Lehrerin – eine Notarin.
Les phrases qui changent tout
- sich lohnen interroge la valeur d’une action : le bénéfice dépasse-t-il l’effort ?
- belohnen interroge la reconnaissance d’une personne : qui reçoit quelque chose, et pour quoi ?
- lohnen est réfléchi, avec une chose comme sujet. belohnen est transitif, avec un humain comme objet.
- Savoir si quelque chose en vaut la peine est une appréciation subjective.
- Le mot Belohnung contient Lohn – et pourtant le sens est tout autre.
Exercices – douze phrases
Vrai ou faux ? Corrigez les fausses.
- Ich belohne meinen Urlaub.
- Der Urlaub hat sich gelohnt.
- Die Firma lohnt ihre Mitarbeiter.
- Die Firma belohnt ihre Mitarbeiter.
- Es lohnt sich, Deutsch zu lernen.
- Es lohnt, Deutsch zu lernen.
- Die Mühe hat sich gelohnt.
- Ich lohne mich mit einem Eis.
Et quatre à compléter – Lohn, Gehalt, Honorar ou Belohnung ?
- Ein Maurer bekommt seinen ___ am Ende der Woche.
- Eine Lehrerin bekommt jeden Monat ihr ___ .
- Der Rechtsanwalt stellt eine Rechnung über sein ___ .
- Für ehrliches Verhalten gab es eine ___ .
✅ Solutions
- ⛔ Faux. Des vacances ne sont ni une personne ni une performance. → Ich belohne mich mit einem Urlaub.
- ✅ Correct.
- ⛔ Faux. lohnen n’est pas transitif avec des personnes. → Die Firma belohnt ihre Mitarbeiter.
- ✅ Correct.
- ✅ Correct – la construction standard : es lohnt sich + infinitif en zu.
- ⛔ Faux – et c’est la faute francophone : le sich manque. Le français dit « ça vaut », l’allemand exige « es lohnt sich ».
- ✅ Correct.
- ⛔ Faux. Il manque le préfixe be-. → Ich belohne mich mit einem Eis.
- Lohn – ouvrier, à l’heure, traditionnellement chaque semaine.
- Gehalt – employés et fonctionnaires, au mois.
- Honorar – professions libérales, pour la prestation.
- Belohnung – pour un comportement, pas pour du temps de travail.
La formule finale de lohnen ou belohnen – ce qu’il faut retenir
Etwas lohnt sich. Jemand wird belohnt.
Cinq mots, et tout y est : le sujet, la forme réfléchie, la répartition des rôles. En cas de doute, demandez-vous seulement si votre phrase évalue une chose ou si un humain reçoit quelque chose.
Deux portes que nous avons laissées ouvertes
L’atelier a débordé — la famille de mots nous a avalés, et deux parties prévues n’ont pas eu lieu. Toutes deux méritent mieux qu’une note de bas de page.
Première porte : le préfixe be- comme système. lohnen → belohnen n’est pas un cas isolé, c’est un schéma qui traverse tout l’allemand : zahlen → bezahlen · danken → bedanken · antworten → beantworten · malen → bemalen · schreiben → beschreiben. Très souvent, be- oriente l’action vers un objet ou une personne – exactement comme pour nos deux verbes.
Deuxième porte : les voisins de sich lohnen. Il existe deux autres expressions pour la même idée, et elles sonnent plus adultes : Der Fleiß hat sich ausgezahlt. · Der Einsatz hat sich bezahlt gemacht. Avec les expressions toutes faites que nous n’avons pas eu le temps de voir : Der Lohn der Mühe · Das lohnt den Aufwand nicht · Ohne Fleiß kein Preis – dont le français a l’équivalent exact : on n’a rien sans rien.
Pour les francophones : un mot d’encouragement
Vous avez ici un avantage que tout le monde n’a pas. Le français distingue déjà parfaitement valoir la peine et récompenser – vous n’avez donc aucun concept nouveau à acquérir. Votre seule difficulté est que l’allemand rapproche visuellement deux idées que votre langue tient éloignées.
Alors faites l’inverse de ce que fait l’allemand : séparez-les à la source. Quand vous voulez dire « ça vaut le coup », pensez es lohnt sich – une chose, une forme réfléchie, jamais de personne. Quand vous voulez dire « récompenser », pensez belohnen – une personne, toujours.
Et surveillez le sich. C’est le seul détail que le français ne vous soufflera pas, parce qu’il n’en a pas besoin.
Osez continuer !
Écrivez-moi en commentaire : qu’est-ce qui, dans votre apprentissage de l’allemand, en a vraiment valu la peine – et comment vous en êtes-vous récompensé ? Je réponds à tout le monde.
Et si vous voulez être en direct la prochaine fois : l’atelier a lieu tous les samedis à 9 heures, gratuitement, en petit groupe – ce qui veut dire que vous parlez vraiment. Écrivez simplement en commentaire que vous souhaitez participer.
À très bientôt – et osez parler allemand !
par Dieter Jeromin
